Remise de Palmes académiques à Eugenia Rodríguez, conseillère du Ministère de l’Éducation publique du Costa Rica et partenaire fidèle de Francophonia

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À l'occasion de la remise de Palmes académiques à notre amie et partenaire, conseillère du Ministère de l’Éducation publique du Costa Rica Madame Eugenia Rodríguez, nous lui avons posé quelques questions pour découvrir la situation du français dans ce magnifique pays de l'Amérique Centrale.

Francophonia : Qu’est-ce que le français signifie pour vous ? Qu’est-ce qui vous a fait lier votre vie et votre carrière au français ?

Eugenia Rodríguez : Pour moi, la langue française signifie la découverte, le défi et la possibilité d'aller plus loin dans ma vie. Les opportunités ne sont pas toujours évidentes, mais c'est la motivation qui a beaucoup joué dans le choix de cette langue riche, mélodieuse, romantique, pleine d’histoire. Je suis tombée amoureuse de la langue de Victor Hugo dès mes premières années à l' Université nationale de Costa Rica.

Mais ce sont trois femmes dans ma vie qui m'ont sensibilisé à cette langue : ma grand-mère, ma mère et ma tante, toutes les trois, enseignantes et porteuses d'une richesse d'expériences de vie, d'éducation, de culture et de combat. Et c'est aussi grâce à la motivation de mes professeurs de la fac que j'ai eu ce rêve d'aller un jour découvrir le vieux continent pour apprendre non seulement le français, mais aussi d'autres langues et cultures.

25 ans de travail comme enseignante de FLE dans mon pays, l’expérience d'enseignement de la langue dans notre système éducatif m'ont permis de partager, d'apprendre à comprendre nos jeunes et leur soif de connaissances, d'ouverture au monde, leur désir de voyager et aller un peu plus loin pour améliorer leur qualité de vie.

Pour moi, le français véhicule une richesse de culture et de valeurs. Il contribue à la diversité et aux valeurs universelles. Ma carrière a été fondée sur le rêve, et les actions directes pour la diffusion et la défense de l'enseignement de la langue dans notre pays. Ma participation associative, très active depuis 30 ans, m'a aussi donné l'occasion de partager et participer au rayonnement de la Francophonie des Amériques et du monde. J'ai toujours pensé que la meilleure façon de contribuer c'est d'entreprendre des actions concrètes pour que le français continue à vivre chez nous.

Francophonia : Quelle est la situation et la position du français par rapport aux autres langues étrangères dans votre pays ?

Eugenia Rodríguez : Le français est une langue d'enseignement depuis 1850 au Costa Rica, il a l'avantage d'être obligatoire dans les trois premières années du secondaire. Nous dénombrons beaucoup de professeurs dans mon pays, dont environ 1000 enseignants travaillant pour le Ministère de l’Éducation Publique et presque 400 qui exercent dans les écoles privées, les universités, et dans d'autres services en relation avec le français, comme le tourisme, les centres d'appel ou encore le commerce.

Depuis 1997, on introduit la langue dans quelques écoles primaires, à hauteur de 35 à ce jour, 4 projets en maternelle, deux écoles en sections bilingue et 15 sections bilingues et français avancé. Le CR bénéficie d’un programme pour les langues étrangères qui contribue ces dernières années au multilinguisme et à la diversité culturelle. Le FLE est plus fort que jamais, on a de nouveaux programmes d'études qui visent à l'acquisition des niveaux définit par le Cadre Européen, de débutant à avancé. Nos élèves commencent à préparer les certifications DELF Prim, Junior et Scolaire, depuis quelques années, et le Ministère s' intéresse à la formation dans le domaine du FOS notamment pour le secteur du tourisme. Le CR fait un grand effort pour l'éducation ; et les langues étrangères sont un atout pour le pays.

Finalement, le fait d'intégrer en 2014 l’Organisation Internationale de la Francophonie au statut de membre observateur, est considéré comme une reconnaissance envers ce tout petit pays où nous, professeurs de français maintenons cette langue au quotidien dans nos classes.

Par rapport aux autres langues, surtout vis-à-vis de l'anglais, le français reste la deuxième langue étrangère enseignée, puis l'italien dans une petite partie du pays. L'entrée sur scène d'autres langues comme le portugais, le mandarin et l'allemand est aujourd'hui considérée comme une opportunité pour les citoyens du XXI siècle, car le pays a besoin de jeunes préparés pour intervenir au niveau local et global de manière plus forte, positive et enthousiaste.

Francophonia : Comment voyez-vous l'avenir de la langue française au Costa Rica ? Quelle sont selon vous les mesures à prendre pour développer la francophonie au Costa Rica?

Eugenia Rodríguez : L'avenir s’avère positif pour les francophones, les francophiles et l’enseignement de la langue. Les acteurs de la coopération française agissent fortement pour l'amélioration de l’enseignement de la langue. Les accords signés entre le gouvernement français et notre pays en matière de mobilisation des étudiants, le programme d'assistants de langue, la participation des experts français et canadiens contribuent énormément à la diffusion de la langue et la culture francophone.

Les relations entre le Costa Rica et les pays francophones comme la France, le Canada, ou la Suisse, impliqués dans différents projets de coopération, sont très appréciées dans les domaines de l'éducation, de la science, de la santé, de l'urbanisme, de l'art et de la culture en général. Il y a d'autres acteurs du développement de la langue dont le travail est considéré comme important.

Par exemple le comité directeur et les collaborateurs de l 'Association Costaricienne de Professeurs de Français ( Acoprof ) existant depuis 32 ans font un grand travail bénévole pour la défense de l'enseignement du français chez nous. Sans leur participation active auprès des autorités de différentes administrations, le français aurait perdu sa force. Les 3 universités publiques où on enseigne le français jouent également un rôle important dans la formation initiale et continue de tous les professeurs de français du pays.

Les projets et les actions de coopération avec le Ministère de l'Éducation Publique améliorent l'intégration et créent une synergie particulièrement positive autour de la Francophonie au Costa Rica. Notre futur dépend de nos actions, de nos projets et de l'implication de nos institutions dans différents programmes de coopération internationale de la Francophonie. Nous, les professeurs costariciens sommes toujours contents de la reconnaissance de notre travail et de notre enthousiasme pour la langue et la culture francophone.

Francophonia : Qu’est-ce que vous conseilleriez à vos collègues étrangers pour promouvoir le français et la culture française dans le monde entier ?

Eugenia Rodríguez :

Il faut que chaque pays impliqué dans le « mouvement francophone » travaille en collaboration avec les autorités locales et nationales. La politique linguistique du pays serait le point déclencheur pour la meilleure intégration de la langue dans le système éducatif.

Il faut créer des possibilités du libre choix pour les gens qui veulent apprendre la langue.

Il faut créer un vrai réseau de coopération dans tout l’espace de Francophonie, mettre en avant ce que chacun fait, publier nos travaux, partager nos expériences pédagogiques et culturelles avec les autres

Il faut utiliser plus les réseaux sociaux pour le partage et l'échange d’opinion.

Il faut favoriser la mobilité des étudiants dans les pays de la Francophonie

Il faut avancer ensemble et mettre de son cœur.

C’est pour cela que le slogan que nous avons choisi pour le Congrès de professeurs de 2014 dit : Le français, naturellement !

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